Augustin de retour ? Rencontres littéraires avec Augustin d’Hippone au Maghreb moderne

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Augustin de retour ? Rencontres littéraires avec Augustin d'Hippone au Maghreb moderne

Atelier de recherche international du 13 – 14 juillet 2017 au Romanisches Seminar de l'Université de Mannheim

Appel à contributions
Date limite : 3 mars 2017

 

Projet de recherche : Les représentations de Saint Augustin en Afrique du Nord comme production du savoir dans l'antiquité tardive et à l'ère postcoloniale (Claudia Gronemann, Université de Mannheim/Anja Bettenworth, Université de Cologne)
Augustin de retour ? Rencontres littéraires avec Augustin d'Hippone au Maghreb moderne
Atelier de recherche international du 13 – 14 juillet 2017 au Romanisches Seminar de l‘Université de Mannheim

Le sujet central de l'atelier de travail sera la réflexion de la figure d'Augustin dans les littératures modernes au Maghreb – allant de la littérature coloniale à nos jours – dans un contexte plus large de réflexions et de débats politiques, culturels, historiques et esthétiques. Le débat aura comme but général d'éclairer profondément le développement historique des différentes références possibles à l'image d'Augustin telles que nous les trouvons dans la littérature contemporaine.
Depuis l'aube au XXIème siècle on constate un intérêt croissant, dans la littérature maghrébine postcoloniale en arabe et en français, pour l'auteur de l'Antiquité tardive et le Père de l'Église Augustin, né en 345 à Thagaste (l'Algérie de nos jours) qui est donc d'origine nord‐africaine. Cette réappropriation culturelle – déjà visible très ponctuellement depuis les années 60 – dans le contexte historique algérien, se présente comme une négociation tendue avec l'héritage « propre ». Trois aspects se révèlent comme étant des défis pour tout écrivain qui se consacre à ce sujet historique. Ils sont évoqués ici sous forme de tendances et d'hypothèses :
1) D'abord, avec l'islamisation du nord de l'Afrique – à différente degré pour chaque époque – il se passe une négation systématique du passé – conçu comme un temps d'ignorance (‚djāhilīya ‘) – y compris toutes ses apparitions religieuses et culturelles diverses (Pollmann, The Oxford Guide to the Historical Reception of Augustine, 2013). Ainsi la tradition préislamique chrétienne du nord de l'Afrique n'est presque pas représentée par un discours propre, qui pourrait – pour les auteurs contemporains – servir de point de départ.
2) En outre, l'apparition d'une mythologie d'histoire coloniale depuis le 19ième siècle, où l'Antiquité nord‐africaine est accaparée pour une « mission civilisatrice ». Par conséquent, le terme de « l'Afrique latine » est utilisé à des fins d'idéologie et devient au sens plus large, un concept politique et juridique. Le système d'éducation français et la littérature coloniale ont effectivement rendu populaire cette idée. A partir de là, l'Antiquité devient au Maghreb le symbole de « l'héritage culturel confisqué », ce qui amène à plus de distanciation ou même de négation chez les maghrébins.
3) Ce n'est que très tard – depuis l'indépendance – qu'il y a eu les premiers tentatives de réappropriation de l'Antiquité nord‐africaine en tant que partie constitutive de la culture maghrébine. Ce fait représente le troisième défi, d'autant plus que ces discours sont également structurés par l'idéologie et servent une représentation politique. La référence à l'Antiquité sert par exemple en Algérie à la construction d'une unité nationale (e.g dans le discours du chef d'état actuel), ou bien, comme c'est le cas en Tunisie, on célèbre un culte de personnes politiques à l'aide des symboles de l'Antiquité (comme c'était le cas dans les discours d'anciens chefs d'état). Pourtant on constate une production littéraire et scientifique avec empreinte idéologique. La figure d'Augustin ‐ comme l'une des plus grandes personnalités de l'histoire occidentale, en tant que « Père de l'Église combatif et saint catholique » d'un côté, et l'« homme de l'Antiquité » d'origine africaine (Fuhrer, Augustinus, 2004), probablement d origine berbère de l'autre ‐ a déclenché un débat intensif, et surtout lié à la France, au sujet du droit de possession sur l'Antiquité nord‐africaine, les différents modes d'accès, et sur les conditions de « propriété culturelle ». Comme l'a raconté
Serge Lancel, spécialiste de l'histoire ancienne et spécialiste du Maghreb, dans une anecdote sur l'écho de la presse après la publication de la première édition d'Augustin en français dans la renommée Bibliothèque de la Pléiade vers la fin des années '90. Un journal français avait nommé Augustin un « pied‐noir », né « 1.600 ans avant Camus » en Algérie. Ces exemples montrent, comment l'héritage d'Augustin fait toujours débat et avec quels moyens les différents acteurs créent leur concept du présent. Les auteurs ne réagissent pas seulement à ces débats, mais ils y participent de manière active et contribuent, par leurs propos en public (comme Assia Djebar durant son discours à l'occasion de sa réception à l'Académie française) et dans la littérature, à la formation des images de l'Antiquité et d'Augustin. Les auteurs se réfèrent explicitement à ces débats de réappropriation, mettent leur oeuvre entièrement au service d'un « retour d'Augustin » ou bien au contraire, ils refusent complètement de telles « luttes pour la reconnaissance de l'héritage culturel.
Dans l'atelier de recherche, différents textes littéraires de l'époque coloniale jusqu'aujourd'hui seront analysés par rapport aux différentes stratégies dans la réception d'Augustin d'Hippone, en tant que figure de l'Antiquité nord‐africaine, comme point de référence essentiel dans le discours de l'histoire coloniale, en tant que « lieu d'oubli » dans la tradition arabo‐islamique ou comme figure universelle, voir globale.
Les principaux centres d'intérêt envisagés :
1. La littérature de la colonisation (romans, récits de voyage, lettres et d'autres écrits
autobiographiques dans le cadre des discours contemporains sur l'Antiquité : « Afrique latine », sciences, art, histoire, manuels scolaires, musées, et d'autres),
2. La culture arabe et la littérature du Maghreb du temps de la colonisation jusqu'à nos jours
(genres dans lesquels Augustin devient sujet, spécialement au théâtre, dans les motifs, emprunts culturels et linguistiques),
3. La littérature postcoloniale au Maghreb (Emprunt de structures et des motifs, négociation sur le rôle de l'auteur, l'influence des Confessions, réécriture de l'histoire, prises de positions publiques d'auteur(e)s,
4. Le rôle de la littérature dans les débats passés et actuels sur l'influence de l'Antiquité sur l'Afrique du Nord.
L'atelier de recherche tient à établir un premier inventaire et une classification des emprunts littéraires d'Augustin au Maghreb. Intégrant les différentes perspectives des lettres, de l'histoire, des études arabes, des études sur l'Islam, de la théologie, de la philosophie ainsi que des sciences de communication. Les langues parlées durant l'atelier de recherche seront le français, l'anglais et l'allemand.
Les organisateurs vous prient de bien vouloir présenter vos propositions de sujets sous forme d'un résumé, à envoyer jusqu'au 3 mars 2017 (gronemann[at]phil.uni‐mannheim.de). Les frais de voyage et de logement seront pris en charge par l'Université de Mannheim.
Prof. Dr. Claudia Gronemann
Romanisches Seminar ‐ Universität Mannheim
L 15, 1‐6
D‐68131 Mannheim
Tel. / Fax: (+49 621) 181‐2376 / 2374

 

 

 

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