Apollonius et Priscien : transmission, traduction, tradition. Histoire d'une réception

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Apollonius et Priscien : transmission, traduction, tradition. Histoire d'une réception

Appel à contributions
Date limite : 20.11.2018

 

L'œuvre du grammairien alexandrin du deuxième siècle auquel la tradition donne le nom pittoresque d'Apollonius Dyscole (« le bilieux ») est reconnue depuis l'Antiquité comme majeure dans l'histoire de la tradition occidentale, sans doute parce qu'il se situe au confluent d'un courant philosophique de réflexion sur le langage illustré par Platon, mais surtout Aristote et les Stoïciens, ces derniers ayant poussé particulièrement loin l'analyse des différentes composantes du langage ; d'un courant rhétorique représenté par les « sophistes » mais aussi par Aristote et des rhéteurs comme Denys d'Halicarnasse (1er siècle) ; et enfin d'un courant philologique particulièrement puissant à Alexandrie, où une école rationaliste a combiné analyse grammaticale et analyse littéraire pour contribuer à l'établissement de textes de référence pour les grands auteurs de la littérature grecque. Le plus célèbre grammairien de cette école fut certainement Aristarque (début du 3e siècle avant notre ère). Apollonius ne part donc pas de rien, mais il a très probablement été le véritable inventeur de ce qu'il a appelé la suntaxis, un concept qui correspond au processus de construction et d'assemblage des unités linguistiques qu'il applique plus particulièrement au niveau de l'énoncé (logos).

Si Apollonius lui-même est au carrefour complexe de plusieurs traditions, c'est à l'évolution de la grammaire après lui que ce colloque est consacré. Le premier héritier est évidemment son fils Hérodien, installé à Rome, qui passe pour avoir contesté l'extrémisme rationaliste de son père en matière de description linguistique. Toutefois, ce fils ne semble pas avoir joué un rôle essentiel dans la tradition ultérieure.
Un ensemble de textes qui paraît s'être beaucoup inspiré d' Apollonius est représenté par les Scholies du manuel de Denys le Thrace, aux dates plutôt incertaines mais tardives et qui réfèrent souvent à Apollonius, plus ou moins directement.
Mais c'est évidemment le mauritanien Priscien (6e siècle) qui, à Constantinople, a le plus fait pour transmettre à la postérité l'apport d'Apollonius. Entre traductions et inspirations, son œuvre, qui ne se réduit évidemment pas à la seule transmission de l'acquis des grammairiens précédents, a exercé une influence considérable dans la période médiévale et au-delà sur la tradition grammaticale occidentale. On prétend par exemple que le verbe anglais to parse viendrait du titre du traité d'analyse grammaticale intitulé Partes orationis.
L'objectif du colloque de Bordeaux est d'explorer les différents aspects de la transmission des textes d'Apollonius et de Priscien. On s'intéressera en particulier à l'histoire des traductions dans d'autres langues des textes originaux. Priscien lui-même a été le premier traducteur d'Apollonius. Il faut attendre évidemment beaucoup plus longtemps pour que d'autres traductions voient le jour, ne serait-ce que du fait de l'oubli du grec en Europe occidentale jusqu'à la Renaissance. C'est d'ailleurs de la fin de la Renaissance (1590) que date la première véritable édition avec traduction en latin de la Syntaxe par Friedrich Sylburg. D'autres traductions, cette fois en langues modernes, ont été publiées beaucoup plus tard, mais c'est surtout depuis les années 80 que les textes ont attiré l'attention des traducteurs d'Apollonius : Fred W. Householder (anglais, 1981), Vicente Bécares Botas (espagnol, 1987), Jean Lallot (français, 1997). L'histoire complète des éditions et des traductions, ainsi que de leur retentissement sur la pensée grammaticale reste à faire. Il en va de même pour les textes de Priscien, dont les traductions ont été nettement moins nombreuses, sans doute du fait même que les textes sont en latin. Le travail du groupe Ars grammatica, qui a entrepris la traduction française, est donc tout à fait novateur.
Du côté des commentateurs, l'intérêt pour Apollonius ne se manifeste guère avant le 19e siècle. Un des premiers livres à ce sujet est celui d'Emile Egger, qui publie en 1854 son essai sur Apollonius Dyscole. Mais c'est surtout à partir des années 70 que les études se multiplient, en particulier avec l'émergence de l'histoire de la linguistique comme discipline autonome. L'intérêt pour Priscien intervient à peu près au même moment.
Au-delà de la transmission des textes, de l'histoire des traductions et des commentaires, on peut s'interroger sur l'influence (directe ou indirecte) de ces textes sur la constitution et le développement de la tradition grammaticale en Occident, ainsi que sur leur éventuel impact sur la tradition arabe. L'héritage le plus évident est représenté par la terminologie mais la représentation des faits de langue doit certainement beaucoup à nos deux grammairiens.
L'interprétation générativiste d'Apollonius par Householder soulève une autre question qui est celle de la lecture des grammairiens anciens par les linguistes, probablement sous l'action de l'émergence de l'histoire de la linguistique. Et de s'interroger pour savoir si les linguistes peuvent trouver dans cette relecture autre chose qu'un effet d'autorité sous la forme du précurseur – un peu comme un proverbe dans la conversation courante. Se pose alors la question de l'herméneutique de ces textes : s'agit-il de reconstruire une cohérence interne, de redonner sa place au développement de la grammaire dans l'ensemble des disciplines relevant des humanités ? De sortir de l'oubli des analyses susceptibles de mieux nous faire comprendre la tradition qui est la nôtre et ce que la linguistique lui doit ? Ou encore de susciter un renouvellement de nos propres pratiques de linguistes ?
Les propositions ne devront pas dépasser 8000 caractères, bibliographie comprise. Les résumés seront anonymes et les auteurs enverront sur un document séparé leur nom, leur rattachement institutionnel et le titre de leur proposition aux deux organisateurs:

mailto:Guillaume.Bonnet[at]u-bourgogne.fr mailto:Frederic.Lambert[at]u-bordeaux-montaigne.fr

Les présentations seront de 30 minutes discussion comprise. Langues acceptées: français et anglais.

Date limite: 20 novembre; résultats 20 décembre
Dates: 21-23 mars 2019
Lieu: université Bordeaux Montaigne
Comité scientifique:
Marc Baratin, Guillaume Bonnet, Bernard Colombat, Alessandro Garcea, Anne Grondeux, Frédérique Ildefonse, Frédéric Lambert, Stephanos Matthaios, Michela Rossellini, Jean Schneider, Ineke Sluiter, Pierre Swiggers

Comité d'organisation: Frédéric Lambert et Guillaume Bonnet
Laboratoires: CLLE-ERSSàB, GIS Humanités, Centre Jean Pépin, HiSoMA, STL, HTL

 

Lieu de la manifestation : Pessac - Université Bordeaux Montaigne
Organisation : Frédéric Lambert et Guillaume Bonnet
Contact : Guillaume.Bonnet[at]u-bourgogne.fr, Frederic.Lambert[at]u-bordeaux-montaigne.fr

 

 

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